Crise agricole : « en aucun cas je ne laisserai tomber nos agriculteurs ! »
Par JNG, à 16:06
Agenda, Economie, Environnement, Général, Histoire, Santé, Social, Vidéos
___________
Chers amis,
Nous vivons un étrange paradoxe. Jamais la qualité des produits naturels, jamais le caractère essentiel des fruits et légumes, jamais l’importance d’une alimentation riche en produits frais n’ont fait autant l’unanimité, dans les lieux institutionnels, comme dans le secteur médical ou au sein de la population.
Et pourtant, les producteurs de fruits et légumes ont rarement traversé de crise aussi grave que celle que nous connaissons aujourd’hui. Bien sûr, c’est toute la profession agricole, qui souffre, des éleveurs aux viticulteurs.
Le revenu global des agriculteurs a diminué de 20% en 2008, retombant au niveau de 1994. Ce n’est pas nouveau mais l’affaiblissement des protections du marché européen, l’endettement (flambée des matières premières en 2007 et du prix du foncier), la dérégulation des marchés mondiaux et les conditions déséquilibrées de production (coût de la main d’œuvre ou règlementation des produits), ont des conséquences toujours plus désastreuses.
Luttant face à la grande distribution, face à une offre surabondante et une demande atone (notamment à l’export), éprouvés par la demande de remboursement par Bruxelles des aides accordées pendant 10 ans, les producteurs de fruits et légumes français sont hélas parmi les plus fragilisés (entre 20 et 30% des exploitations risquent le dépôt de bilan et le prix des produits a chuté de 23% en un an).
Les Bouches-du-Rhône sont les premiers producteurs français de fruits et légumes de notre pays.
Pour à peine 8 productions, leurs pertes s’élevaient cet été à plus de 85 millions d’euros, et le président de la FDSEA est allé jusqu’à annoncer l’état de cessation de paiement de «la ferme Bouches du Rhône».
Les mesures annoncées par le gouvernement ne constituent qu’un simple répit et ne permettent en aucun cas de répondre aux problèmes de fond des producteurs.
Outre une motion exprimant le soutien total et unanime des élus du Conseil général des Bouches-du-Rhône à nos agriculteurs, je suis heureux d’avoir fait voter aujourd’hui une enveloppe de 500 000 euros en aide d’urgence.
Abondant une intervention de l’État dont nous attendons toujours les détails, elle permettra de donner un peu d’oxygène aux agriculteurs les plus éprouvés. Mais c’est en la replaçant au sein de la politique générale agricole que nous conduisons qu’elle prend tout son sens.
Présent sur le terrain, actif, à l’écoute, le Département s’est clairement imposé comme un partenaire privilégié des agriculteurs. Les enjeux de l’agriculture sont immenses : économiques bien sûr, mais aussi en terme d’aménagement du territoire, de culture, de tourisme et de santé publique.
Dès lors que les textes nous le permettent, nous intervenons, pour la promotion des produits, la préservation de l’espace agricole, notamment en milieu péri urbain, la recherche de débouchés inédits (comme les collèges) et l’anticipation des nouveaux modes de consommation (circuits courts, certification, production locale).
Je suis persuadé que nous allons dans le bon sens et que ces priorités sont autant d’enjeux pour l’avenir de notre agriculture. Les élus concernés, que je remercie pour leur implication, feront des propositions de soutien des producteurs, en réponse à la crise actuelle mais aussi à moyen et long terme. Et une conférence agricole sera organisée à l’Hôtel du département avant la fin de l’année, avec l’ensemble de la profession.
Mais nous n’y arriverons pas seuls.
Il faut, et nous les attendons tous, agriculteurs comme élus locaux, des décisions courageuses, offensives et ambitieuses du Gouvernement.
Car, voyez-vous, il convient de lutter contre les incohérences de la règlementation, il faut travailler au regroupement des producteurs, il faut promouvoir la certification des produits, il faut garantir un minimum de stabilité aux revenus des agriculteurs, il faut dynamiser les débouchés, en encourageant, par exemple, des partenariats innovants entre l’agriculture et l’industrie.
Autant de pistes à creuser sérieusement et rapidement. Mais, pour l’heure, en aucun cas je ne laisserai tomber nos agriculteurs qui protègent l’environnement et la santé de nos concitoyens !




Krause dit :
Je pense qu’il faut travailler au rapprochement des producteurs et des consommateurs. Ces deux catégories sont les grandes victimes du système.
Il faudrait des espaces identifiés clairement où le consommateur pourrait venir acheter son sac de pommes de terre ou sa cagette de pêches à coup sûr à un producteur à un prix satisfaisant pour tous. En effet, sur les marchés, les produits sont aussi chers qu’en grande surface et souvent pas meilleurs. On a rarement à faire en direct au producteur. Quand on trouve un producteur (au bord des routes en campagne, l’été par exemple), il vend souvent aussi cher qu’en grande surface ! Le consommateur n’est pas récompenser de l’effort qu’il fait. Je crois que celui-ci serait prêt à acheter en plus grande quantité (par sac ou cagette), s’il s’y retrouve financièrement, si les produits ont du goût, et si ce n’est pas le parcours du combattant pour faire ses courses (beaucoup de comsommateurs travaillent…)
Cela résoudrait peut-être le paradoxe suivant : les BdR sont le plus gros producteur de fruits et légumes ? En pleine saison, nous devrions donc bénéficier des meilleurs prix (moins de coûts de transport, de stockage…) or, nous sommes toujours dans les fourchettes hautes dans les comparatifs de prix (fraises, pêches, abricots, que dire des melons devenus hors de prix !)
Mireille
Une militante d’Ensuès le Redonne
marcusdu13 dit :
Tout à fait d’accord avec votre analyse. IL faut soutenir un des piliers de notre économie nationale.
Les associations producteurs-consommateurs sont une application concrète d’un développement durable. Ces initiatives méritent d’être diffusées plus largement, d’autant que ce type de consommation permet de redécouvrir les bons gouts de fruits et légumes cultivés au fil des saisons…
http://www.reseau-amap.org/
Princesse dit :
Comment dépasser une prise en charge actuelle des enjeux environnementaux qui reste très soumise à un modèle technique, professionnel et politique hérité du mode de gestion de l’agriculture mis en place dans les années 1960 ? À l’heure où l’ensemble des observateurs — ceux du groupe de la Bussière et au-delà — s’accordent pour anticiper des ruptures dans ce domaine, il apparaît plus qu’opportun de replacer la problématique d’intervention dans le domaine de l’eau en lien avec l’agriculture pour anticiper des évolutions plausibles qui en affecteront les tenants et les aboutissants.