Pour adapter durablement le PS aux mutations du monde : suivons « La ligne claire ! «
Par JNG, à 9:20
Agenda, Culture, Economie, Environnement, Général, Histoire, International, Santé, Social
Comme vous le savez, j’ai décidé, avec Gérard Collomb, le Sénateur-maire de Lyon et Vincent Feltesse, le président de la Communauté urbaine de Bordeaux, de présenter une contribution dans le cadre de la préparation du congrès de Reims.
Je l’ai dit, je le redis et le réécris, je suis lassé des querelles de personnes au niveau national et je m’inquiète de l’état de déliquescence du Parti socialiste. Je m’inquiète enfin des conditions dans lesquelles le congrès se prépare.
Aujourd’hui, nous n’avons pas à choisir un champion pour 2012, mais bien au contraire, nous devons comprendre le monde et donner des clés, adaptées et modernes, pour le transformer. C’est ce que je souhaite et c’est, je crois, ce que souhaitent les militants.
La déclaration de principe de « La ligne claire » est le fondement sur lequel doit s’élaborer la contribution.
Ici sur mon blog, sur le site Internet dédié de « La ligne claire » mais aussi sur le groupe Facebook (où vous êtes déjà plus de 430 inscrits), je vous appelle à la soutenir en la signant en ligne, à la commenter, à apporter des idées, des suggestions, des propositions. Son but n’est pas de tout dire, mais de fixer un cadre dans lequel s’inscrit notre démarche.
Alors, sur l’école, sur l’immigration, sur les retraites, sur le vieillissement et la dépendance, sur l’Europe, sur le parti, sur les institutions, plus que jamais, continuons à nous donner la parole.
Je veillerai à ce que vous la gardiez !
LA LIGNE CLAIRE : DECLARATION DE PRINCIPE
PENSER ET AGIR DANS UN MONDE EN MOUVEMENT
Ce texte est une proposition. À amender, à débattre, et surtout, à prolonger.
Son objet est de poser les perspectives d’un positionnement politique appuyé sur la fidélité à nos valeurs, sur les pensées les plus nouvelles des mutations du monde et sur nos succès politiques locaux.
Son but est de retrouver le primat de la pensée et de l’action réussie, réunies dans la construction d’une perspective, d’un programme et d’une équipe.
Le temps n’est pas encore venu pour nous de débattre du choix des leaders, d’un programme, ni même des alliances.
Le temps par contre est « plus que venu » de nouer les politiques que nous menons dans nos villes, nos départements et nos régions avec les analyses des bouleversements du travail, des exclusions, de l’économie, des migrations, de la mondialisation… La gauche du XXIe siècle devra être aussi novatrice pour son époque que le furent les Lumières au XVIIIe ou le socialisme au XIXe.
Bâtissons sur nos victoires locales au lieu de nous disputer nos défaites
Pour nous, être de gauche, être socialiste, nécessite de penser le monde dans lequel on vit pour agir afin de ne pas suivre « le cours logique du monde tel qu’il va ».
Depuis trop longtemps, nous avons délaissé cette exigence de la pensée, de la compréhension. Il nous faut désormais « penser le monde en mouvement » pour gagner les batailles idéologiques contemporaines.
À ne pas le faire nous devenons conservateurs. À ne pas le faire, face à une droite championne de
l’imprécation, nous devenons conservateurs et nous restons dans l’incantation, incapables de tenir un langage de vérité. A ne pas le faire, nous nous mettons dans l’impossibilité d’aider les citoyens à entrer en action.
Nous ne sommes pas des militants, des élus, des gestionnaires « hors sol », en lévitation, coupés du
réel… Cependant, nous avons constaté que les questions justes et les propositions audacieuses formulées avant que la candidate socialiste aux dernières présidentielles ne soit investie, ont été étouffées par la gangue d’un programme convenu.
Bâtissons sur nos victoires au lieu de nous disputer nos défaites. Bâtissons avec la force des idées neuves plutôt que sur le sable du recyclage tactique de mots anciens.
Forts de leurs victoires locales et de la confiance de leurs électeurs, nombre de responsables socialistes à la tête de régions, de départements, d’agglomérations et de villes ne peuvent se résoudre à l’idée d’une nouvelle défaite nationale qui serait encore d’abord due à l’absence de perspective et de projets.
Nous avons besoin d’une ligne claire, simple, compréhensible. Une ligne nourrie d’humanisme, d’espérance de vie heureuse pour chacun. Une ligne de droit et de devoir qui nous engage une fois la victoire venue.
Réformer pour mieux vivre
Le temps est venu d’affirmer que nous voulons un parti réformiste, un parti qui aide les Français à vivre mieux, les plus faibles à retrouver une espérance, la France à s’aimer et être aimée, à se développer, créer, participer au monde qui naît.
Un parti qui se bat pour libérer l’immense énergie des citoyens sans vouloir toujours organiser les cadres ou les incantations d’un changement venu d’en haut. Un parti qui s’interroge, débat, se trompe et corrige le tir. Un parti qui invente de la politique dans une société de la connaissance où la fragmentation sociale et culturelle est considérable.
Nous ne rêvons pas de grands soirs. Nous connaissons leur cortège de désillusions et d’échecs. Nous avons à refonder la gauche des expérimentations multiples, sans cesse renouvelées, la gauche du savoir et de l’éducation. Une gauche qui réécrive un récit du monde et dessine des horizons qui ne se résument pas à des lois cadres.
C’est la rupture de ce lien fondateur entre pensée du monde, appareils politiques et élus qui a créé la crise de la gauche que nous vivons et subissons.
La fin d’un monde
Nous refusons l’idée que se battre pour la liberté, l’égalité, la fraternité soit un archaïsme idéologique. Nous refusons l’idée que développement et inégalités sociales sont un couple indissoluble. Nous ne croyons pas que les inégalités doivent se perpétuer de génération en génération, se spécialiser par continent ou pays.
Nous saluons l’explosion du développement, en particulier en Asie, même si nous mesurons parfaitement les immenses difficultés que ce mouvement engendre, chez nous comme dans tous les
pays du monde.
Et nous ne fermons pas les yeux face aux nouvelles concurrences, souvent déloyales alors que les droits des travailleurs et de la nature sont trop fréquemment bafoués.
Nous reconnaissons que nous avons appris beaucoup dans nos territoires sur l’art de lier des différences, de travailler avec les patrons et les chercheurs, les syndicalistes et les associations, le local et les réseaux.
Nous avons appris beaucoup aussi sur les rôles « révolutionnaires » de l’éducation, la culture, la
sécurité, la santé, la solidarité. Ces révolutions chèrement acquises ont permis d’immenses progrès de la liberté.
Mais nous vivons la fin d’un monde. Les chercheurs, les penseurs, les intellectuels et nombre de nos concitoyens nous disent que la fin du monde d’hier a commencé.
Un monde où les pays occidentaux ont façonné et dominé la planète, un monde où l’homme a voulu vivre en maître et possesseur de la nature, un monde où le partage homme/femme était inégalitaire.
Nos grilles politiques sont datées parce qu’elles ont été forgées avec la Révolution industrielle.
La Nation en était le cadre dominant, l’organisation et la solidarité de ceux qui ne vivaient que de leur travail, la base politique essentielle et l’affrontement capital / travail, le moteur.
Mais ce monde-là a changé, brutalement. Des lignes s’effacent, des frontières demeurent, des oppositions se renouvellent. Et c’est de la compréhension de ces changements radicaux que nous devons reconstruire du politique, du récit et de l’espérance.
Ensuite, mais ensuite seulement on pourra proposer les pistes d’un programme nourri de la pensée de cet horizon de l’humanité et de nos expériences locales. Et le temps de leaders formés par les responsabilités locales pourra alors sans doute advenir. Comme acteur réformiste et protecteur d’un monde en rupture radicale.
Agir local, penser global
Notre entrée dans les sociétés post industrielles a mis en crise l’Etat – providence et alors que l’histoire de la gauche se confondait avec les luttes entre le travail et le capital.
Nous ne savons pas répondre à la nouvelle donné créée par la domination du capital sur le travail. Héritière des luttes pour la solidarité avec les plus faibles, et la protection des droits de chacun à
développer une vie libre et intéressante, la gauche s’est battue pour l’éducation pour tous, la santé pour chacun : la paix, la retraite, la sécurité, l’indépendance nationale, la solidarité internationale. Elle a fait siennes, non sans mal, les luttes des femmes pour l’égalité, puis des immigrés pour leurs droits aux respect et à la protection.
Parallèlement, la puissance technologique nouvelle des hommes a ouvert un nouveau champ d’affrontement, bousculant les rapports homme/nature. D’une part, la puissance de l’homme a rendu la nature instable. D’autre part, l’homme commence à savoir manipuler la nature aussi bien pour se soigner que pour produire.
Or notre planète n’a pas été programmée pour nourrir spontanément neuf milliards d’hommes ni en supporter l’activité. L’humanité est lancée dans une course dangereuse pour sa propre survie. La pensée du développement durable est venue poser les bases d’une perspective intégrant ces nouveaux enjeux.
Mais si désormais le marché est mondialisé, opérant une réunification par la standardisation des biens, les fractures n’ont jamais été aussi profondes, sur le plan économique, social ou culturel.
15% au moins de l’humanité franchit une frontière chaque année. Face à ces changements, inéluctables, le droit à la solidarité des humains et à leurs libres mobilités doit être protégé, le droit à l’installation dans une autre nation doit être régulé. La politique internationale doit viser à rendre ce principe réalisable et supportable aussi bien par la régulation des migrations que par le soutien au développement des pays d’émigrations plus faibles, et le soutien aux luttes sociales légitimes dans les pays autoritaires à forte croissance.
La gauche, et tout particulièrement le parti socialiste, doivent penser du politique à partir de ces trois
perspectives liées mais non hiérarchisées, le travail et le capital, la nature et les hommes, l’humanité et les identités collectives.
L’enjeu du congrès
L’enjeu du débat d’idées précédant notre congrès de Reims, puis l’enjeu du congrès lui-même, est d’abord de repositionner le PS et la gauche sur les bases ici résumées. Car le PS ne peut continuer à être sans fondements intellectuels et livré aux discours du pragmatisme et de la gestion au jour le jour.
La gauche ne peut plus continuer à concilier les contraires dans la flamme de son verbe pour mieux oublier la tiédeur de ses choix.
L’enjeu du congrès n’est pas de brûler les étapes. Le travail est considérable. Nul ne tient seul les clefs d’une gauche replongée dans son époque et tournée vers l’avenir.
Aussi faudra-il mettre en place une direction homogène pour construire une machine à penser et à
débattre, en harmonie avec le temps nouveau du monde que nous vivons.
De la richesse de ce débat d’idées, de notre ouverture au monde de la pensée, aux questionnements de forces qui aujourd’hui sont à côté de notre parti, de l’écoute des forces de gauche dans les autres pays doit naître une nouvelle perspective.
Alors les cadres d’un programme et la recherche d’un système juste de primaire pourront être mis en place.
C’est aussi dans cette réflexion que doivent se forger les bases des nouvelles alliances, nécessaires pour affronter ce monde en mutation, des alliances dynamiques et novatrices.
Voilà la base sur laquelle nous entendons préparer le congrès de Reims.
C’est autour de ces pistes que nous souhaitons lancer le débat, que nous cherchons à dégager des pistes qui inscrirons notre désir de transformer le monde dans la réalité de nos actions. Afin que l’on prolonge, au plan national, les chantiers initiées au plan local.
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