Chers amis,

Ce matin Jean-Noël Guérini a visité le Centre Gérontologique Montolivet dans le douzième arrondissement de Marseille. Accompagné par le Professeur MAGALON, chef de service Chirurgie Réparatrice et Grands Brûlés Hopital Conception, du Dr Brigitte PIETRI, PH Médecin du SAMU, du Dr LANKAR, Médecin Généraliste et des représentants des internes et des étudiants en médecine, Jean-Noël Guérini a pu entrer dans le détails de ses propositions concernant les personnes âgées et, plus avant, son projet concernant un meilleur accès à la santé pour tous en redonnant “une nouvelle impulsion et un nouvel élan à nos hôpitaux publics marseillais.”

Voici la teneur de ses propos, entre-coupés par ceux du Pr Magalon :

Introduction de Jean-Noël Guérini
“Je vous remercie de votre présence aujourd’hui. J’ai en effet souhaité vous entretenir d’une question essentielle et primordiale pour nos concitoyens celle de la santé.

La santé tient une place centrale car elle est au cœur des préoccupations des français. Ma conviction profonde est que la santé est une priorité absolue pour l’ensemble des institutions publiques parce qu’elle est non seulement un devoir de solidarité, mais un atout pour nous tous et pour notre société.

Cette priorité reconnue par tous est loin de se traduire dans les faits à Marseille où l’immobilisme a prévalu ces dernières années. La santé à Marseille est, en effet, dans une situation qui sur certains aspects peut être jugée préoccupante. La plupart des données concernant la ville de Marseille montrent des inégalités sociales évidentes et soulignent que des marges importantes d’amélioration existent.

Avant de passer la parole au professeur Magalon qui va nous exposer les problèmes majeurs de notre ville en matière de santé, il me parait nécessaire d’évoquer les questions spécifiques des personnes âgées.

Nous sommes en effet ici sur le site du centre gérontologique départemental de Montolivet, centre qui recouvre la quasi-totalité de l’action publique en matière de santé en faveur des personnes âgées ayant besoin d’aide et d’assistance.

Sous l’impulsion de Christophe Masse, que je remercie de son action dynamique à la présidence de ce centre, le Centre participe au quotidien à relever le défi du vieillissement de la population qui s’accentue et s’amplifie.

Ces années d’espérance de vie gagnées ne doivent pas s’accompagner d’un fléchissement de nos valeurs de solidarité. La grandeur d’une société se mesure, en effet, à la solidarité et au respect apportés à tous nos aînés sans qui notre société n’aurait pas pu se construire.

Sur ce point à Marseille, nous sommes face aujourd’hui, à un déficit global de places en maisons de retraites sur notre Ville qu’il faut combler.

La ville compte près de 70 000 personnes âgées de plus de 75 ans et nous avons globalement à Marseille un ratio de lits inférieur de 20 % à la moyenne nationale, il manque environ 2000 places pour rejoindre la moyenne départementale.

Les raisons de ce déséquilibre proviennent essentiellement du problème de l’absence de terrains disponibles sur la commune de Marseille à un prix convenable. L’envolée des prix du foncier, due à une spéculation immobilière non maîtrisée par la mairie sortante, est à l’origine de cette situation.

Avec le conseil général, nous nous donnerons les moyens de créer 1500 places supplémentaires de maisons de retraite médicalisées dans les six ans à venir. Une recherche active du foncier disponible devra être conduite et les réservations nécessaires devront être faites au PLU pour la création de ces établissements. Ces établissements nouveaux devront être prévus pour accueillir dans un environnement chaleureux et attentif, les personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer.

Cette maladie touche plus de 6000 personnes âgées à Marseille et près de 40 000 personnes sont concernées par cette maladie dans leur famille proche. Ces chiffres illustrent l’ampleur des problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Aujourd’hui l’aide aux malades est, le plus souvent, apporté par les proches, à la maison, dans des conditions souvent difficiles, physiquement, psychologiquement et financièrement. Pour préserver les familles, il serait notamment nécessaire d’améliorer l’aide à domicile, d’offrir des accueils de jour spécifiques et des hébergements temporaires plus nombreux.

Des espoirs avaient été mis par certains sur le plan Alzheimer du gouvernement, financé il faut le rappeler par les franchises médicales payées d’abord par les malades. Les attentes, sur ce point, ont été je crois déçues. La situation actuelle est d’ailleurs tendue avec les organisations professionnelles qui dénoncent la dégradation des conditions d’accueil dans les établissements.

Le montant du plan gouvernemental, 1,6 milliard d’euros sur 5 ans, est une somme très faible au regard des sommes globales qu’il conviendrait d’engager ; ne serait-ce qu’en raison de l’augmentation prévisible de la population âgée qui augmentera dans les 20 prochaines années à un rythme de 2,5% par an.

Enfin il me paraît nécessaire de rappeler la réalité actuelle budgétaire de l’Etat. Elle se traduit par de grosses difficultés à financer la partie soins des projets de maisons de retraite. De ce fait des ouvertures de nouvelles structures, bénéficiant pourtant de tous les avis favorables au regard des besoins, sont différées, voire annulées.

La question de la dépendance des personnes âgées et de la maladie d’Alzheimer n’est d’ailleurs qu’un aspect d’un recul généralisé sur la question de la santé.

Mais je passe la parole au professeur Magalon sur ce point.”

Intervention du Professeur Magalon
“Marseille est actuellement mal classée par la revue impact médecine au palmarès santé des villes 27/36 pour les adultes, et 25/36 pour les enfants. Ce palmarès établi sur la base de 100 grands indicateurs de santé met en évidence les déficiences de la ville de Marseille.

Concernant les adultes certains indicateurs sont au rouge: la surconsommation de dépenses de santé près de 30% de plus que la moyenne nationale, le manque de places d’accueil pour les personnes âgées et pour les handicapés adultes environ 25% de moins que la moyenne nationale.

Cette situation devra être redressée progressivement mais pour cela il faut que l’ensemble du système de santé fonctionne. L’hôpital public est dans ce dispositif essentiel. Or les fondements du fonctionnement de nos hôpitaux sont actuellement menacés ; tout d’abord par les conséquences de la vision technocratique parisienne sur la démographie médicale.

Le numerus clausus nombre d’étudiants admis à poursuivre leurs études à la fin de la première année a été fixé pour 2008 à 335 contre par exemple 418 à Lyon. Par rapport aux 7 300 étudiants susceptibles de s’inscrire au plan national en 2ème année sur l’ensemble de la région, on a un déficit rapporté à la population d’environ 15%.

Le numerus clausus est établi par rapport à la démographie médicale et non plus par rapport à l’égalité des chances entre les étudiants des différentes facultés de médecine. Cela part d’un raisonnement simpliste la région a trop de médecins donc pour en diminuer le nombre on en forme moins qu’ailleurs. Une telle situation qui pénalise fortement nos jeunes n’est pas admissible.

Pire depuis 2004, le second cycle des études de médecine en France s’achève pour tous les étudiants par l’Examen Classant National (ancien concours de l’internat). Tous les futurs médecins sont désormais tenus de passer ces épreuves.

Suivant son classement, l’étudiant choisit son Centre hospitalier universitaire (et donc sa ville) d’affectation. Or, le nombre de postes d’internes offerts à Marseille n’est pas proportionnel à la population et est même inférieur de près de 30% au ratio national.

Cela oblige nos étudiants à s’expatrier vers une autre ville ou à choisir une spécialité différente de celle qu’il souhaitait, voire à renoncer à être médecin. Plus grave, cela prive nos hôpitaux des internes indispensables à leur fonctionnement et aggrave la situation difficile des hôpitaux publics. Une telle situation qui ne correspond ni à nos besoins actuels et futurs en médecins, ni à nos capacités de formation, demande une réaction forte.”

Réponse et conclusion de Jean-Noël Guérini
“La situation telle qu’elle vient de nous être exposée par le professeur Magalon est plus que préoccupante, il est clair que la question de la formation des médecins et de l’internat est fondamentale pour le bon fonctionnement de nos hôpitaux publics.

Je peux vous assurer que je déploierai toute mon énergie en concertation étroite avec le milieu hospitalier pour qu’on revienne à une situation conforme à l’équité entre les grandes villes et à l’égalité des chances pour nos jeunes.

Quant à l’état des finances de l’Assistance Publique Hôpitaux de Marseille, autre problème majeur, je ne peux m’empêcher de penser que la volonté gouvernementale de dérèglementer et de libéraliser, n’est pas étrangère à cette situation.

Cette désorganisation est de plus amplifiée par le manque de personnels, d’après mes informations, près de 380 postes d’infirmières seraient vacants. Comment dans ces conditions, garder une attractivité de l’hôpital public pour les praticiens, comment les recruter en leur assurant des conditions de travail correctes et modernes ?

C’est la situation de santé des marseillais qui est en cause avec le risque de l’instauration d’un système de santé à deux vitesses.

Comme Président du conseil d’administration de l’APHM, je vous assure de ma détermination de ma volonté à défendre fermement l’APHM et le droit à la santé des marseillais, droit fondamental de notre république.

Dès ma prise de fonction, je réunirai l’ensemble des décideurs et les responsables médicaux pour redonner une nouvelle impulsion et un nouvel élan à nos hôpitaux publics.

Mais la santé ne se résume pas à un strict problème d’offre de soins. La santé publique est un dossier par nature transversal. Que ce soit en matière de propreté, d’environnement, de transport, d’urbanisme, de sport ou de logement, la prise en compte de la santé doit influer sur l’orientation des politiques mises en œuvre.

La Charte de l’environnement de 2004, intégrée au préambule de la constitution en 2005, affirme le droit de tout citoyen à vivre dans un environnement équilibré et respectueux de sa santé.

Des mesures concrètes devront dans cette optique être mises en œuvre et notamment la diminution des pollutions de toutes natures, celles de l’air, de l’eau, celles dues au bruit et aux rayonnements électromagnétiques générés par les antennes de radiotéléphonie. Toute diminution de ces niveaux de pollution est susceptible d’entraîner des bénéfices significatifs pour la santé.

L’amélioration des conditions de vie et de travail ne devra pas être oubliée. Une des priorités sera la lutte contre l’habitat insalubre qui a un effet néfaste terrible sur la santé. Le saturnisme et la tuberculose en sont les conséquences les plus visibles.

L’action de la commune devra, ainsi, porter sur une approche globale articulée autour d’axes concrets. Il faut agir sur les facteurs environnementaux et sociaux de la santé ; développer la prévention et le dépistage ; mieux organiser le parcours des usagers dans le système de soins, veiller à la prise en charge des plus démunis.

La ville doit conduire son action grâce à un partenariat renforcé avec les autres acteurs de santé : les structures de soins, dont l’AP-HM, le Conseil Général, l’Assurance-Maladie, la DDASS, le secteur associatif et l’ensemble des professionnels du secteur.

Le maire, comme vous le voyez, a un rôle central à jouer pour faciliter les coordinations, développer les innovations, et favoriser ainsi le renforcement du lien social et de la citoyenneté.

Pour cela je m’appuierai sur un comité municipal de santé, à l’instar de ce qui a été fait au Conseil Général. Les plus grands experts médicaux auront ainsi à rendre régulièrement des avis pour conseiller la mairie dans son action.

Faire gagner Marseille c’est aussi la défense du service public de santé, pour les Marseillais et les Marseillaises et l’avenir de leurs enfants. “

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