Voici l’allocution de Jean-Noël Guérini tenue lors de la rencontre avec les « Femmes dans la ville », vendredi 29 février à 19h00.

” Pour une fois, je ne commencerai pas mon discours avec une formule usée à force d’être répété… « Mesdames, messieurs »
Bien qu’il y ait quelques hommes dans la salle, je me contente de dire :
Mesdames,
Mes chères amies,

Je vous remercie d’être venues si nombreuses et je tiens avant tout chose à saluer Djamila FADHLA, trésorière de la section CFDT de Carrefour- Grand littoral, chef de file des caissières qui ont mené un juste combat pour leur pouvoir d’achat.

Cette mobilisation a souligné, une fois de plus, que nous avons tous beaucoup de travail pour que l’égalité professionnelle et salariale devienne une réalité. Par ailleurs j’ai entendu aussi vos témoignages, qui m’ont touché par leur sincérité. Plus que jamais, je suis déterminé à faire bouger les lignes et à tout mettre en œuvre pour que vos combats soient synonymes de réussite et de conquêtes.

J’ai tenu à organiser cette rencontre parce que je suis attentif à ce que vous dites : les femmes ont une façon particulière d’appréhender la vie au quotidien, les problèmes liés à la Ville.

Je suis conscient des difficultés que rencontrent bien des femmes dans notre ville. Je suis conscient que persistent les inégalités que vous avez pointées. La loi sur la parité, qui a permis des avancées pour la représentation des femmes dans la vie publique, ne règle pas tous les problèmes loin de là ! Pour ma part, afin de prolonger ce combat, j’ai décidé que ce serait une femme, Samia Ghali, qui occupera le poste de première adjoint.

Mes chères amies,
J’ai la volonté de repenser la cité, pour les femmes comme pour les hommes d’ailleurs et ce pour tous les âges de la vie. Vous avez bien montré dans vos interventions ce besoin impérieux de changement.

Penser que les jeunes filles doivent pouvoir circuler paisiblement dans les rues de notre cité et de nos quartiers comme le font les garçons, sans être obligées de se protéger d’une agressivité inacceptable et de violences insupportables.

Penser aux jeunes mamans et aux jeunes papas qui peinent à harmoniser leur temps de travail et leur temps privé, à construire une vie familiale toute simple, du fait du manque de crèches, des énormes difficultés de transport et de circulation dans Marseille. Sans parler du gymkhana que représente la promenade avec poussette sur des trottoirs encombrés et impraticables.

Penser aux personnes âgées, aux femmes en particulier qui, vivant plus longtemps que les hommes, se retrouvent seules. Je les rencontre ces femmes « retraitées pauvres », qui ne mangent pas tous les jours à leur faim.

Il me faut aussi parler de la pauvreté, dont celle, indécente, des enfants. Une famille sur six est monoparentale et une famille monoparentale sur quatre est pauvre. Et ce parent isolé, sur lequel tout repose, est souvent la mère. Ces mères, malgré leurs compétences et leur désir de travailler n’arrivent pas à concilier emploi ou recherche d’emploi avec les contraintes des transports, de la garde des enfants et celles du logement. Nous savons aussi que le risque de pauvreté lié au chômage de longue durée et au travail mal rémunéré est particulièrement élevé pour les femmes. Faut-il rappeler que 220 000 marseillaises et marseillais vivent au-dessous du seuil de pauvreté ? Cela je ne peux le supporter, nous ne pouvons le supporter.

Et puis il y a les problèmes de logement qui touchent indifféremment femmes et hommes, et même et surtout les plus jeunes. La crise du logement est immense partout en France. A Marseille elle est accentuée par l’envolée des prix de l’immobilier, par le manque de logements sociaux ou à loyers modérés. Les Marseillais consacrent à l’heure actuelle 40% de leur revenu pour se loger au lieu de 25% il y a 15 ans ! Je l’ai dit et je le répète : il faut rompre avec la politique du tout promoteur. Il est impératif d’agir pour que chaque famille trouve un logement de bonne qualité adapté à ses besoins.

Pour ce qui est des femmes en difficulté, je m’efforcerai de rendre leur parcours vers un logement social plus facile, j’instituerai un dispositif municipal d’aide à la caution.

Vous avez parlé de la santé et des risques auxquels les femmes sont exposées, qu’il s’agisse des maladies que vous avez évoquées, le Sida, les cancers ou de la contraception et de l’Interruption Volontaire de Grossesse. Sur tous ces sujets graves qui touchent au droit à la maîtrise de son corps, à la dignité humaine, il faudra que nous prenions les mesures spécifiques qui s’imposent et nous le ferons dans le dialogue et la concertation.

Et puis, outre ces problèmes fondamentaux que je viens de reprendre, vous avez, à l’occasion de la table ronde, bien montré que la ville pouvait être vue autrement, et par d’autres yeux que nos yeux masculins; et que les priorités n’étaient pas forcément les mêmes pour les femmes et les hommes.

J’ai bien entendu la nécessité que vous avez soulignée d’une nouvelle distribution des fonctions dans la ville : le mélange possible des lieux de vie, des lieux de travail, d’habitation, de loisirs. De nombreuses études l’ont montré, les trajets effectués par les femmes ne sont pas les mêmes que ceux des hommes, bien souvent, ils ne se font pas aux même heures. Ils sont souvent plus fréquents, plus hachés, ils comportent différentes « ruptures de charge » car la vie quotidienne est pour vous faite d’une succession rapide d’actes : le travail, les enfants, les courses. C’est une donnée qu’il faudra prendre en compte dans le nouveau schéma d’urbanisme qui sera mis en place.

J’ai bien entendu, aussi, que vous soulignez la nécessaire proximité des services publics. Il est bien vrai, par exemple, que si nous avons besoin d’un document officiel, si nous devons effectuer des démarches administratives plus ou moins complexes, plus ou moins longues, il n’est pas admissible d’être obligé de prendre une demi-journée de congé, de trouver une grand-mère ou un grand-père pour garder les enfants parce que les services sont trop éloignés.

Vous êtes particulièrement attentives à la mixité, qu’elle soit sociale, culturelle, générationnelle. Quant il s’agit de solidarité, de liberté personnelle, de laïcité, vous êtes de tous les combats ; mais vous savez encore mieux que nous, sans doute, que la tolérance et l’acceptation de la différence sont des combats de tous les jours qui passent par le partage des espaces et des services publics.

Je sais que vous mettez encore au cœur de votre vision de la ville, l’environnement. Je ne m’étendrai pas plus en avant sur ce sujet que j’ai déjà longuement abordé par ailleurs mais vous savez l’attention que je lui porte et que je lui porterai avec toute mon équipe si je suis élu.

Enfin, je voudrais retenir votre souci de la concertation, votre volonté de participation dans la vie de la cité. Vous mettez l’accent sur la nécessité d’une adhésion des citoyennes et des citoyens aux différents projets dans la ville : bien sûr nous n’y arriverons pas s’il n’existe pas une synergie entre les services communautaires, les associations, les habitants, s’il n’existe pas de dialogue, de participation des associations et des citoyens à la définition des besoins.

Si nous voulons, et c’est ce que je souhaite pour notre ville, développer la cohésion, la solidarité, la tolérance, le mieux vivre ensemble dans notre ville, nous devrons construire tout cela ensemble dans la concertation, et sur ce point, vous pouvez me faire confiance.

C’est ce que vous venez de m’aider à comprendre, c’est ce qui m’a beaucoup touché, par votre sincérité et par les espoirs et les attentes que vous venez d’exprimer et que je ne peux pas, que nous ne pouvons pas décevoir.

On dit que le degré d’évolution et de civilisation d’une société se mesure à la place qu’elle accorde aux femmes. Je reprends à mon compte cette réflexion.

J’ai avec vous parlé des places de crèche, des transports, de la santé, du logement, de la pauvreté. Chaque fois nous avons évoqué le nécessaire dialogue avec les citoyennes.

Alors voici les deux engagements que je veux prendre devant vous, avec vous:
J’ai créé, comme Président du Conseil Général un Observatoire du Droit des femmes et de l’Egalité des chances qui n’existe, me dit-on, que dans 3 départements en France.

Il nous appartient aujourd’hui de mettre en place une structure spécifique à Marseille, qui travaillera en étroite collaboration avec l’Observatoire. Je pense que ses actions devront permettre d’exercer une vigilance de tous les instants sur les violences faites aux femmes, qui sont une des hontes de notre société.

Enfin, et très symboliquement, nous engagerons notre ville aux côtés des villes pionnières sur le sujet en France et en Europe, Rennes, Nantes, Paris, Francfort, Bilbao, Athènes, Pise ou Vienne.

Aux côtés du département de l’Isère, de la région Bretagne et bientôt de l’Ile de France, nous signerons la « Charte Européenne pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes dans la vie locale», soutenue par la Communauté de communes et régions d’Europe, afin de faire entrer Marseille dans une nouvelle ère, celle de nouveaux rapports d’égalité entre les femmes et les hommes.

Oui, Mesdames, je suis comme vous, j’aime Marseille. Comme vous je suis malheureux de la trouver sale, désorganisée, indifférente aux plus fragiles, incapable de s’occuper de l’avenir de ses enfants. Comme vous, je la veux battante et victorieuse, attentive à toutes et tous.

Et bien, nous allons la transformer ensemble. J’en prends solennellement l’engagement. Mais je m’en voudrais d’être trop long et je conclurai simplement en vous disant encore une fois merci pour vos témoignages et votre participation à ce débat.

Ce n’est qu’avec vous, que par vous et pour vous, avec votre regard et l’engagement citoyen qui est le vôtre que nous donnerons à notre cité la place qui vous revient.

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